dimanche 9 novembre 2014

un métier pollué

Je vois de plus en plus de photographes amateurs (et même carrément débutants) prétendre au métier sans disposer d’aucune des qualités qui font de l’œil du professionnel un organe affûté et  irremplaçable. Ces pêcheurs du dimanche, armés d’un appareil hérité, reçu à Noël, ou acheté chez Médiamarkt parce que c’était promo, pensent se hausser à la hauteur d’un diplôme, d’une expérience, d’un sens esthétique longuement affiné, par la valeur monétaire qu’il ont conféré à leur appareil, accumulant sur la bosse de son prisme tout l’espoir d’être reconnu autre qu’eux-mêmes, c’est-à-dire différents de l’image qu’ils donnent d’eux au quotidien à travers des activités ou un métier qui leur paraît sans doute moins flamboyant. Pompeux, ils rebaptisent leur profil facebook en accolant le mot « photographer » ou « photography » (en anglais, of course : ils voient déjà se déployer devant eux une irrésistible carrière internationale), ils posent des légions d’images frappées de leur marque de fabrique (en général leur nom d’artiste – souvent à la limite du ridicule – barre en grand leurs images, renforçant ainsi leur aspect d’amateurisme). 
Les programme comme Instagram, la prétendue intelligence des appareils derniers cris, la merveilleuse faculté qu’ont les internautes de déverser des quantités mirifiques de compliments sans aucun fondement sur la moindre intention de création basique, font croire à monsieur tout le monde que lui aussi est capable de « faire des photos », de créer, d’être un artiste. C’est croire qu’on est écrivain quand on a auto-édité un recueil de navets. Qu’on est un multi étoilé potentiel parce qu’on a regardé toute une saison de « Top Chef ». C’est croire qu’on est peintre alors qu’on a juste acheté un de ces jeux pour enfants divisés en zones marquées d’un chiffre.  Ces pollueurs égocentriques et mal aimés ne savent rien au langage de l’image, manipulent leur appareil comme une motte de terre, produisent des clichés baveux, ternes, sans relief. Cette armée de Cartier-Bresson en carton entame par-là même non seulement la crédibilité d’un métier, mais surtout la clientèle dont les photographes professionnels, ceux qui ont choisi de dévouer leur vie au développement de leur art et à l’affichage de la joliesse du monde (ou de sa laideur) ont tout simplement besoin non seulement pour pratiquer leur métier, mais pouvoir en vivre. 
Pire: ils font de la photographie une discipline en perdition en faisant passer des vessies pour des lanternes.

Quant à moi, terminé la photo: le pain que je fais chaque dimanche me servira de tremplin international: Stephen Vincke, baker.